Blog

Depuis quelques mois, augmente à nouveau la distorsion entre la remarquable communication du pouvoir ivoirien sur les perspectives de croissances et l’état actuel de développement de la Côte d’Ivoire et la perception qu’en ont les Ivoiriens eux-mêmes. Le PIB ivoirien est dans le top ten des taux de croissances mondiaux, mais les retombées pour la population sont minces et le mécontentement est fort. Les chancelleries et, surtout, les investisseurs étrangers sont tous d’accord pour dire qu’il faut investir en Côte d’Ivoire, mais à condition que la stabilité en soit assurée. Or, c’est là que le bât blesse, car si l’opinion ne suit pas, tout devient possible.

À Yammoussoukro le 19 juillet 2016, a lieu une

by -
0 458

Curieuse fin de partie au Gabon. Un candidat d’origine chinoise, Jean Ping, pilier du régime sous Omar Bongo, reproche à son beau-frère, Ali Bongo, d’être d’origine nigériane (ce qu’Ali Bongo nie) et, de ce fait, ne pouvoir être chef de l’État. Ce même Jean Ping a été le mari de Pascaline Bongo (fille d’Omar et sœur d’Ali) et s’est trouvé pendant toute sa carrière au cœur du système Bongo. A 73 ans, ce vieux cheval de retour de la politique gabonaise s’est présenté comme le renouveau de la vie politique de son pays et a fait campagne sur le thème du refus du maintien d’un « étranger » au pouvoir alors qu’il est lui-même d’origine étrangère.

Il est finalement battu de justesse dans les urnes et réagit brutalement en se proclamant élu sans attendre le verdict de la cour constitutionnelle.

La Commission de l’Océan Indien ou la transformation d’une périphérie en hub

Il n’existe aucune organisation inter-étatique réunissant aussi peu de population (25 millions) sur une aussi grande surface maritime (5,5 millions de km²). Comment une telle poussière humaine perdue au milieu de l’océan pourrait-elle avoir un poids quelconque dans le concert des nations ?

Pourtant l’évolution géopolitique est favorable à la COI. En effet, d’un point de vue régional, le canal du Mozambique reste un point de passage obligé des transports intercontinentaux, pendant que ses fonds marins ‎suscitent l’intérêt et alimentent des contentieux frontaliers. L’Inde confrontée au grand projet structurel chinois « une voie, une route », marque son aire d’influence en lançant le projet SAGAR. La Chine, qui est devenue observateur auprès de la COI en février 2016, fait passer sa route maritime par la côte est-africaine. Tout cela dans le contexte de la crise financière internationale et de la création des instruments financiers des pays BRICS, AIIB et NDB. Or, au cœur de la COI, il y a Maurice, et sa place de relais financier à destination de l’Afrique et de l’Inde, mais aussi de la Chine et d’autres puissances, y compris occidentales. Sans compter l’énorme potentiel agricole de Madagascar, ou touristique des Comores, qui rêvent de rivaliser sur ce plan avec les Seychelles. En n’oubliant pas La Réunion qui fait de la COI un relais de la France et de l’Europe à un autre bout de la terre.

De tout cela et de bien d’autres choses encore telles que la thématique insulaire ou celle de la sécurité, Jean-Claude de l’Estrac a su jouer, lui qui a porté sur les fonds baptismaux la COI il y a plus de 30 ans. Il termine dans quelques semaines son mandat de secrétaire général de la COI qui apparaît désormais comme un hub incontournable plein de potentialités. Il est temps de dresser un bilan de son action. C’est pourquoi Prospective Africaine a souhaité lui donner la parole.

Une approche par la désinformation

III – Le Yémen dans le continuum des conflits post-guerre froide –

Estimer l’importance du conflit yéménite nécessite de le resituer dans le continuum des conflits post-guerre froide, dans sa forme et sur la stratégie suivie.

Sur la forme, rien ne le distingue des précédents conflits (cf. liste supra). Il s’agit d’une agression planifiée sous égide US et qui, depuis le conflit libyen, laisse cependant à d’autres le rôle de s’exposer, ici l’Arabie Saoudite. Malgré un budget militaire équivalent à celui de la Russie (56 milliards de $), il n’en a pas les capacités requises, ni pour le mener seul, ni en coalition. Il en a seulement l’antériorité (11)[1]

La coalition de 34 nations islamiques qu’il prétend avoir montée ne se retrouve ni sur le terrain, ni dans les chancelleries concernées. Il ne s’agit en l’occurrence de pallier ses carences mais plutôt du classique remake de l’opération masquage de type US pour faire croire à l’implication de la « communauté internationale», inaugurée en fanfare à l’occasion de la première guerre d’Irak (1991). Les (rares) troupes arabes qui participent à la guerre au Yémen n’ont été qu’achetées, conformément à la seule diplomatie que pratique l’Arabie Saoudite, celle du chéquier. Quant à l’implication du CCG, organisation factice regroupant les pays du Golfe et d’inspiration britannique, elle n’a vocation à donner l’illusion d’un ersatz d’OTAN du Golfe. La réalité du terrain est différente : elle prouve, via les pertes constatées, le recours massif au mercenariat, colombiens en particulier, et par conséquent aux SMP’s occidentales[2]. La participation discrète ou secrète de certaines nations occidentales, non seulement n’est pas une mystère mais est en fait indispensable : il faut bien que quelqu’un dirige les opérations militaires, les coordonne, organise le renseignement, fournisse les appuis spécialisés, etc…, et surtout organise l’embargo total, autre classique des guerres US, naval en particulier et à partir de la Corne de l’Afrique, toute chose que l’Arabie Saoudite n’est pas en mesure de faire. S’agissant des opérations aériennes, là encore le terrain parle :

Editorial

Le 19 mars dernier, à la veille de l’élection présidentielle au Congo Brazzaville, l’IVERIS concluait l’article « Une élection à huis-clos» ainsi : « Les Congolais seront donc seuls face à ce moment crucial de leur histoire. Si la terre tremble, il n’y aura pas de témoins. » Le « SI » est devenu réalité. Depuis le 4 avril dernier, dans le département du Pool, la terre tremble. Les villages sont bombardés, mitraillés, pillés par un curieux aréopage composé de milices pro-gouvernementales, de militaires de l’armée congolaise, de policiers et de supplétifs recrutés dans la population. Aucun journaliste, aucune ONG, hormis les cinq volontaires de Caritas choisis par le pouvoir pour entrer dans cette zone de 34 000 km2 et de 234 000 habitants, ne sont autorisés à pénétrer dans ce département. Le pays est en état de siège et les Congolais restent désespérément seuls avec leurs centaines de morts, leurs blessés et leurs milliers de déplacés.

by -
0 77

Une approche par la désinformation

La guerre du Yémen à l’épreuve de la propagande/désinformation –

 

Linformation est un fait, et aujourd’hui le principe est que si elle est d’origine médiatique, alors elle est fausse. Que dit mainstream sur la guerre du Yémen ?

Au tout début du conflit (avril 2015) ses « experts » se succédèrent dans l’habituel gloubi-boulga pour asséner quatre pseudo-vérités :

  • le Yémen, c’est très compliqué,
  • la guerre a été déclenchée par le Royaume d’Arabie Saoudite ; à cet effet il a constitué une « force arabe d’intervention rapide » sur la base d’une coalition réunissant 34 nations. Cette guerre est légitime puisqu’il s’agit de remettre au pouvoir le président éponyme – Hadi – odieusement chassé par une camarilla de rebelles Houthis,
  • les Houthis sont des gens méchants puisqu’ils appartiennent à la minorité chiite du pays (40 % de la population), donc des suppôts de l’Iran honni (autre antienne de mainstream), et de ce fait fauteurs de guerre confessionnelle contre la majorité sunnite victime (60 %),
  • cette guerre est d’autant plus légitime que l’Arabie Saoudite ne cherche au final qu’à rétablir la démocratie (sic).

by -
0 179

Une approche par la désinformation

I – Remarques liminaires

L’analyse stratégique – La seule analyse qui vaille dans l’analyse des conflits relève de la démarche stratégique. Elle s’appuie sur les faits pour autant qu’ils soient « observables » d’une part, et de l’autre « interprétables » à l’aune d’une solide culture. Ces faits, compactés et dégagés autant que possible de leur gangue d’erreur, sont à resituer dans l’environnement de la question étudiée pour remonter à « l’intention » qui en est à l’origine. Il en résulte une image cognitive, laquelle bien sûr n’a de sens que si elle intègre le fameux « brouillard de la guerre » dont parle Clausewitz[1]. Les états-majors le masquent coutumièrement sous le prudent vocable d’incertitude, mais souvent celle-ci n’est que la surprise des ânes. Le prix à payer est alors l’échec stratégique, à moins que l’adversaire ne soit plus médiocre, moins chanceux. Or l’actuelle guerre du Yémen montre qu’elle s’inscrit dans cette « surprise des ânes ».

by -
0 245

Déchéance de nationalité des binationaux

Prospective Africaine continue son analyse du débat, à l’usage de tous les observateurs, à commencer par les Africains de l’ancien pré-carré français, qui s’interrogent de plus en plus sur l’avenir de cette encore supposée « puissance tutélaire ».

Déchéance de la nationalité : « Une bataille d’Hernani à l’initiative de la gauche choupinette »
(Nicolas Domenach – RTL 4 janvier 2016)

Choupinette est un terme familier pour qualifier une chose mignonne ou attendrissante. Le jugement vient d’un expert, car l’auteur de la formule n’est pas lui-même très éloigné de cette gauche-là. Mais là où peut-être se trompe-t-il, est que cette gauche n’a en fait rien de « choupinette ». Car ce qu’il nomme ainsi, c’est bien ce « 1 % » de la population qui détient, dans les faits, quelques 99 % de l’expression médiatique ! Autant dire qu’il s’agit là d’un magistère sans partage, lequel en français correct a pour nom : « terrorisme intellectuel ». Pour le comprendre, il faut en revenir aux réalités de ce pays qu’est la France.

Les étrangetés du « meilleur système du monde »

La France est un pays extra-ordinaire au sens strict du terme. C’est dire que, comparativement aux autres, il présente des singularités qui sont autant d’étrangetés, à commencer par cette image qu’elle cultive d’elle-même, jusqu’à se présenter parfois comme le meilleur système du monde (sic).

Dans ce pays, la préoccupation de l’avenir n’excède jamais l’annualité budgétaire, au pire l’échéance électorale. Le comble de l’innovation y tient dans l’invention de nouvelles commémorations et la création de nouveaux ronds-points. Aucune des questions d’intérêt général qui devraient pourtant le préoccuper ne donne lieu cependant à une convergence des points de vue, comme il est d’usage partout ailleurs. La cause, ou la conséquence, en est que le débat idéologique y a remplacé le débat démocratique. Depuis des décennies donc, le pays est dominé par une espèce de « fait du prince » émanant d’une caste « médiacratique » prétendument détentrice du savoir et de la vertu. L’analyse sociologique du phénomène indique cependant clairement qu’il s’agit en fait de la branche trotskisante de la bourgeoisie parisienne. Elle est le dominant de la société française.

L’arme principale dont use cette frange parfaitement rompue à l’entrisme et à la manipulation* (* même au Conseil Constitutionnel, par exemple, siège au moins un trotskiste et, contrairement à l’affirmation courante des impétrants, dans le trotskisme on est jamais un « ex ») tient uniquement au monopole exclusif de la parole dont elle dispose et dont elle use pour imposer un débat idéologique artificiel grâce auquel elle impose ses vues et ostracise ceux qui s’y opposent.

Grâce à la connaissance des totalitarismes du xxe siècle, on peut en comprendre le fonctionnement : il s’agit d’une bien-pensance totalitaire constituée, s’appuyant sur une légion d’idiots utiles, de chiens de Pavlov et autres kapos* de la pensée unique (* terme de sinistre mémoire, né là où on sait mais, comme on ne le sait pas, de l’acronyme communiste allemand : Kameraden Polizei).

Voilà par ailleurs qui confirme, s’il en était besoin, l’opinion de certains qui voyaient en la France une espèce d’URSS qui aurait réussie, avec cependant une seule différence notable celle d’une victoire posthume de Trotski sur Staline.

Cet aparté historique salutaire étant fait, on peut en revenir sur le sens véritable de cette question de la déchéance d nationalité dont vient de s’emparer la bien-pensance.

Le sujet en d’autres temps aurait fait « pschitt », comme de coutume. Il apparaît cependant que, dans le cas présent et pour la première fois, le débat idéologique s’opère cette fois dans une ambiance complètement différente de ceux qui l’ont précédés.

Le changement est sérieux car dans le contexte français, l’objet du débat n’est jamais l’objet véritable puisque c’est le débat lui-même le véritable objet..

Tel ne semble pas être le cas ici.

Ambiance frelatée, jeux d’acteur, dissolution du peuple et in-courage politique

L’ambiance qui préside au présent débat idéologique a ceci, en effet, de caractéristique qu’elle combine à la fois les miasmes d’une crise économique persistante, d’une décrédibilisation irréductible des voix officielles et médiatiques, ainsi que ses peurs sourdes, finalement générées par une impéritie géopolitique persistante des pays occidentaux.

Ces pays – dont la France – sont tous désormais embourbés dans une guerre prétendument « anti-terrorisme », laquelle, lentement mais sûrement, en vient désormais à vouloir s’inviter sur le territoire européen lui-même, ce qui n’a absolument pas échappé à la perception populaire.

Cette peur prend d’ailleurs des accents parfaitement schizophréniques quand on constate qu’elle se traduit par une psychose méticuleusement entretenue par les médias d’une part, et de l’autre présentée par les mêmes comme ne devant pas céder devant elle. En matière de traitement de conflits, on a connu mieux…

D’habitude, le débat idéologique n’a toujours comporté qu’un seul acteur : la bien pensance – le reste n’ayant d’autre possibilité que la prosternation ou l’exclusion.

Ainsi, le débat idéologique a vu l’irruption inopportune d’autres acteurs pour la première fois moins rétifs.

Le premier de ceux-ci se présente comme cette part de la population qui – sollicitée par sondage – s’est prononcé à 90 % en faveur de la mesure de déchéance à un niveau tel que l’on pourrait dire ; « le peuple » a parlé, y compris celui « de gauche ».

Dans la suite de ce texte, nous l’appellerons ainsi.

Dans toute autre démocratie, il en aurait résulté l’adoption immédiate de la mesure.

Pas en France : la bien-pensance – outragée – a, en effet, décidé d’y répondre en dissolvant le peuple, conformément au conseil amusé qu’en son temps Bertold Brecht lui donna

Ainsi fut-il fait depuis la ville d’Alger* (* pourquoi Alger ? Quel très étrange symbole) et par la voix du ministre de la justice en fonction pour annoncer qu’ « il n’y aura pas de déchéance » !

La messe que l’on croyait alors dite, fut cependant immédiatement troublée par le président de la République en personne, qui aurait du être sensément sous l’emprise de la bien-pensance.

La brèche ainsi faite dans un dispositif qu’on croyait bien huilé, immédiatement attira les autres acteurs politiques.

Au final, ils sont trois.

Tous ont en commun l’appétit du pouvoir. Chacun ne représentant que 10 % effectifs du corps électoral qui rapportés au spectre politique, les désigne comme la gauche, la droite et l’extrême droite.

Quel est leur jeu ?

Par ordre d’apparition la gauche, dite gauche de pouvoir car elle l’occupe actuellement, incarnée par la voix du président, fait preuve d’un bien étrange courage contre une partie de son camp, en remettant à sa juste place sa ministre.

Il est évident que le réalisme politique et l’échéance de 2017 ont guidé cette attitude.

La droite, originellement en faveur de la mesure, décide alors de devenir contre, au simple motif que son adversaire politique était pour…

Ainsi fonctionne la vie politique dans « le meilleur système du monde ».

L’extrême droite, nouvelle venue de la politique et destructrice de cet admirable bipartisme qui permettait jusqu’ici à la droite et la gauche de se refiler le mistigri et les privilèges du pouvoir, se délecte alors devant cette guerre à front renversé où se placent désormais ses adversaires.

Plus que jamais, elle se tient en embuscade, toujours en vue des présidentielles de 2017.

2017 est donc le point de mire unique de ces trois acteurs, chacun y répondant selon sa position dans une compétition déjà si présente.

Rappelons ici que les dernières élections régionales ont encore démontré l’efficacité des mécanismes électoraux à maintenir au pouvoir des forces politiques, pourtant objectivement vaincues dans les urnes.

La démocratie n’est donc de plus en plus que d’apparence.

Pour autant, rien ne garantit qu’il en sera toujours de même pour les futures élections, tant l’ambiance décrite supra est de nature à éroder les plus belles mécaniques. Quand on ne représente, au mieux, que 10 % du corps électoral, il devient dans les circonstances présentes hautement périlleux de mépriser trop ouvertement le peuple.

Voilà qui suffit à expliquer pourquoi s’est subitement déréglée la belle mécanique du débat idéologique, marquant par là même ses limites.

C’est pour toutes ses raisons que le « peuple » est redevenu l’acteur central de la compétition pour 2017 et qu’ il convient de le choyer prudemment.

Chacun des acteurs opère alors selon sa manière, qui par opportunisme pour conserver le pouvoir (quitte ensuite à se renier) qui par pure imbécillité en s’aliénant une fois de plus sa clientèle électorale par pavlovisme politique, qui enfin pour profiter d’une situation inespérée.

Il y a pourtant, dans cette affaire « gallo-gauloise », un acteur majeur qu’on a bien tort d’ignorer. C’est le « stratège » du terrorisme.

Nul mieux que lui ne sait apprécier tout l’intérêt d’une Europe en voie de déshérence pour la réalisation de ses objectifs.

Nul mieux que lui ne saura en tirer le meilleur parti au grand détriment des futures victimes expiatoires que lui fournissent les pouvoirs européens aveugles, après avoir été expulsé par le Russe « manu militari » du Moyen-Orient.

Mais de cela évidemment, nul n’en a cure, sauf peut-être le « peuple »

Le pays de l’inconséquence

Il convient ici d’admettre que, coutumièrement, une autre des étrangetés du pays dont nous parlons est sa totale inaptitude à anticiper l’avenir.

Louis XVI par exemple – l’homme supposé être le mieux informé du royaume – n’a-t-il pas écrit dans son agenda, le 14 juillet 1789 : « rien à signaler » ? Les cas de ce genre abondent.

L’inconséquence consiste donc pour ce pays à se perdre dans les questions mineures par incapacité ou refus d’appréhender les questions majeures.

La conséquence de l’inconséquence est que les décisions mineures qui en découlent deviennent les plus lourdes de conséquences.

L’inconséquence politique a toujours été le premier ferment de ses crises à venir : mineure à la base, stupidement instrumentalisée par la suite, la question de la déchéance de nationalité ne dérogera pas à cette règle informelle.

Sur un autre plan, d’aucuns soutiendront non sans raison que le « peuple » lui-même est aussi inconséquent, ce qu’il vient encore de démontrer à l’occasion des dernières élections régionales en reconduisant les mêmes au pouvoir mais en déclarant dès la sortie des urnes (à 88 %) qu’il ne faisait nulle confiance à ses futurs élus.

Il est vrai que dans le même temps ce serait oublier ce qui l’unit actuellement presque totalement – une fois n’est pas coutume – et qu’il vient d’exprimer à 90 %, à savoir sa totale approbation sur la déchéance de la nationalité. Cette expression n’étant que la formulation conjoncturelle d’un profond sentiment qui le traverse : la peur.

Voilà qui change tout !

Malheureusement pour le peuple et si majoritaire soit-il, la profonde fracture qui divise la société entre une France dite « d’en haut », articulée autour de la bien-pensance, des politiciens de métier et des média d’une part et, de l’autre, tout « ceux qui n’en sont pas », indique sans contestation possible que c’est bien l’autisme du premier qui répondra à la peur du second.

Rien de bon n’est à en attendre.

La guerre qui vient

La crise de confiance latente qui en découle ne pourra qu’aller crescendo.

La conséquence en sera que la France, mais aussi toute l’Europe (chacun des pays traversant également son propre débat idéologique) ne se prépare absolument pas à la guerre qui vient.

La preuve en est que nul n’ose dire qu’elle vient, mais nul non plus n’ose affirmer que « l’Europe, c’est la paix »

Le schéma de la suite prévisible des événements est malheureusement tristement classique.

Sous l’effet d’un terrorisme qui ne désarmera pas et démontrera les impuissances à le juguler, la fracture politique engendrera la violence politique, puis lentement évoluera vers la guerre civile, larvée ou non larvée.

Cette évolution ne sera que la conséquence programmée de l’inconséquence des pouvoirs, égarés dans leurs calculs désuets et leurs tropismes idéologiques surannés.

C’est dans ce qui n’est à ce jour qu’une perspective qu’il convient, dès lors, d’analyser la question de la déchéance de la nationalité, et non dans sa forme elle-même.

Non ou mal résolue, elle deviendra alors le marqueur de l’incapacité gouvernementale.

Cette guerre qui vient, le « peuple » à la différence de ses « zélites », la sent confusément.

Il devine aussi qu’elle opposera les mêmes « nationaux », quand bien même elle serait guidée par un terrorisme inspiré de l’extérieur.

Il lui apparaîtra dès lors parfaitement logique que l’État, dont le rôle est d’assurer la sécurité des personnes et des biens, prenne quand il en est encore temps les mesures de prévention qui s’imposent.

Or, la déchéance de la nationalité, aux yeux du peuple, incontestablement, une importante mesure.

A-t-il vraiment tort ?

À défaut de réponse, c’est l’histoire qui se chargera d’y répondre

« L’histoire est un cimetière d’aristocratie » disait Paretto.

L’histoire dit aussi que ceux qui commencent une guerre ne la terminent jamais eux-mêmes, et souvent à leur propre détriment.

L’histoire dit enfin que dans les temps troublés, on ne gouverne jamais innocemment.

Lee Trusk

by -
0 347

54b64b483570c2c48acf1772

Décourager les terroristes en utilisant les dispositions actuelles du Code Civil

Le débat actuel sur la proposition de François Hollande de priver de la nationalité française les terroristes islamistes binationaux omet habituellement de mettre en évidence les dispositions déjà existantes de la législation. Sans rentrer, à ce stade, dans la dispute sur les nouvelles dispositions proposées, il est utile d’envisager l’efficacité de ce qui figure déjà dans la loi.

En effet, l’article 23-8 du Code Civil précise, selon la loi n°93-933 du 22 juillet 1993, que

« Perd la nationalité française le Français qui, occupant un emploi dans une armée ou un service public étranger ou dans une organisation internationale dont la France ne fait pas partie ou plus généralement leur apportant son concours, n’a pas résigné son emploi ou cessé son concours nonobstant l’injonction qui lui en aura été faite par le Gouvernement.

« L’intéressé sera, par décret en Conseil d’État, déclaré avoir perdu la nationalité française si, dans le délai fixé par l’injonction, délai qui ne peut être inférieur à quinze jours et supérieur à deux mois, il n’a pas mis fin à son activité.

« Lorsque l’avis du Conseil d’État est défavorable, la mesure prévue à l’alinéa précédent ne peut être prise que par décret en conseil des ministres[i]. »

Donc, avant toute modification législative et en considérant officiellement Daech, ou EI, ou OEI et toute autre organisation terroriste désignée comme telle par les autorités françaises, comme organisation internationale, il est possible de rédiger un décret en Conseil d’État faisant injonction à tout Français servant dans les rangs d’une telle organisation d’y cesser son concours. Au bout du délai de deux mois, la déchéance de nationalité pourrait être prononcée contre tous ceux dont l’identité est connue, à charge pour les services français de mettre à jour la liste des terroristes et pour le Conseil d’État, de publier des injonctions au fur et à mesure.

Il suffirait alors de transmettre aux Douanes, à la PAF et à FRONTEX les identités des personnes concernées et de faire en sorte de les empêcher de rentrer en Europe.

Cela représenterait un message fort et efficace qui aurait le mérite de ne pas attendre des attentats pour agir efficacement, découragerait probablement des vocations et provoquerait peut-être des réponses positives de certaines des personnes visées.

Pas de distinction entre les Français quelle que soit leur origine

L’utilisation de ces dispositions législatives existantes aurait le mérite de ne faire aucune distinction entre les Français, quelle que soit leur origine – et il se trouve, parmi les quelques 1 800 Français ayant rejoint les organisations terroristes en Irak, en Syrie et en Libye, un grand nombre d’individus n’ayant pas de double nationalité. Il est aberrant de ne pas inclure dans la même opprobre les simples nationaux et les binationaux.

Une telle action tiendrait aussi compte de la réalité du problème de la double nationalité entre la France et ses anciennes colonies, l’interdiction du cumul de la nationalité française avec celle du pays nouvellement indépendant ayant été de règle et n’ayant généralement pas été rapportée. D’ailleurs, déchoir de la nationalité française des terroristes seulement binationaux risque d’être un leurre à partir du moment où il suffit au pays d’origine de constater que la nationalité française acquise par le terroriste lui-même ou par ses ascendants entraîne automatiquement sa déchéance de nationalité. Sans compter que dans les pays ayant finalement admis la double nationalité, la déchéance de nationalité d’un terroriste condamné en France pourrait intervenir dès la décision prise. Cela reviendrait à attendre la commission de crimes sur le territoire français, puis à créer des apatrides qui, bien qu’exclus par leurs crimes de la protection de la Convention des Nations Unies relative au statut des apatrides (article 1)[ii], représenteraient une charge permanente pour la France.

En tout état de cause, il est à la fois plus dissuasif et plus efficace de prononcer la déchéance de nationalité contre des individus commettant des actions criminelles en dehors du territoire de la République française et avant qu’ils ne les commettent sur celui-ci.

Philippe Evanno

by -
1 1257

Prospective Africaine suit désormais au jour le jour la situation au Proche-Orient, son impact sur le Continent tout entier étant si fort, qu'on ne peut envisager anticiper sur ce qui peut suivre sans en tenir le plus grand compte. Des illustrations des effets de ces crises-matriochkas proche-orientales sur l'Afrique suivront

Mardi 24 novembre 2015, un Su 24 russe vient d’être abattu à la frontière turco-syrienne, par un missile turc. Il s’agit là d’un acte délibéré puisque l’ordre en a, semble-t-il, été donné par le premier ministre turc – ce qui est à peu près conforme aux usages dans ce type de situation.

À la guerre sur le terrain et à son prolongement médiatique vient donc de s’ajouter brutalement une guerre des nerfs. En effet, il n’a pu échapper à personne que la nature même de la guerre en Syrie a complètement changé, depuis le 30 septembre dernier, début de l’intervention russe en Syrie, depuis l’attentat contre un avion de ligne russe au-dessus du Sinaï et bien sûr depuis les attentats de