La Gauche Choupinette

Déchéance de nationalité des binationaux

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Prospective Africaine continue son analyse du débat, à l’usage de tous les observateurs, à commencer par les Africains de l’ancien pré-carré français, qui s’interrogent de plus en plus sur l’avenir de cette encore supposée « puissance tutélaire ».

Déchéance de la nationalité : « Une bataille d’Hernani à l’initiative de la gauche choupinette »
(Nicolas Domenach – RTL 4 janvier 2016)

Choupinette est un terme familier pour qualifier une chose mignonne ou attendrissante. Le jugement vient d’un expert, car l’auteur de la formule n’est pas lui-même très éloigné de cette gauche-là. Mais là où peut-être se trompe-t-il, est que cette gauche n’a en fait rien de « choupinette ». Car ce qu’il nomme ainsi, c’est bien ce « 1 % » de la population qui détient, dans les faits, quelques 99 % de l’expression médiatique ! Autant dire qu’il s’agit là d’un magistère sans partage, lequel en français correct a pour nom : « terrorisme intellectuel ». Pour le comprendre, il faut en revenir aux réalités de ce pays qu’est la France.

Les étrangetés du « meilleur système du monde »

La France est un pays extra-ordinaire au sens strict du terme. C’est dire que, comparativement aux autres, il présente des singularités qui sont autant d’étrangetés, à commencer par cette image qu’elle cultive d’elle-même, jusqu’à se présenter parfois comme le meilleur système du monde (sic).

Dans ce pays, la préoccupation de l’avenir n’excède jamais l’annualité budgétaire, au pire l’échéance électorale. Le comble de l’innovation y tient dans l’invention de nouvelles commémorations et la création de nouveaux ronds-points. Aucune des questions d’intérêt général qui devraient pourtant le préoccuper ne donne lieu cependant à une convergence des points de vue, comme il est d’usage partout ailleurs. La cause, ou la conséquence, en est que le débat idéologique y a remplacé le débat démocratique. Depuis des décennies donc, le pays est dominé par une espèce de « fait du prince » émanant d’une caste « médiacratique » prétendument détentrice du savoir et de la vertu. L’analyse sociologique du phénomène indique cependant clairement qu’il s’agit en fait de la branche trotskisante de la bourgeoisie parisienne. Elle est le dominant de la société française.

L’arme principale dont use cette frange parfaitement rompue à l’entrisme et à la manipulation* (* même au Conseil Constitutionnel, par exemple, siège au moins un trotskiste et, contrairement à l’affirmation courante des impétrants, dans le trotskisme on est jamais un « ex ») tient uniquement au monopole exclusif de la parole dont elle dispose et dont elle use pour imposer un débat idéologique artificiel grâce auquel elle impose ses vues et ostracise ceux qui s’y opposent.

Grâce à la connaissance des totalitarismes du xxe siècle, on peut en comprendre le fonctionnement : il s’agit d’une bien-pensance totalitaire constituée, s’appuyant sur une légion d’idiots utiles, de chiens de Pavlov et autres kapos* de la pensée unique (* terme de sinistre mémoire, né là où on sait mais, comme on ne le sait pas, de l’acronyme communiste allemand : Kameraden Polizei).

Voilà par ailleurs qui confirme, s’il en était besoin, l’opinion de certains qui voyaient en la France une espèce d’URSS qui aurait réussie, avec cependant une seule différence notable celle d’une victoire posthume de Trotski sur Staline.

Cet aparté historique salutaire étant fait, on peut en revenir sur le sens véritable de cette question de la déchéance d nationalité dont vient de s’emparer la bien-pensance.

Le sujet en d’autres temps aurait fait « pschitt », comme de coutume. Il apparaît cependant que, dans le cas présent et pour la première fois, le débat idéologique s’opère cette fois dans une ambiance complètement différente de ceux qui l’ont précédés.

Le changement est sérieux car dans le contexte français, l’objet du débat n’est jamais l’objet véritable puisque c’est le débat lui-même le véritable objet..

Tel ne semble pas être le cas ici.

Ambiance frelatée, jeux d’acteur, dissolution du peuple et in-courage politique

L’ambiance qui préside au présent débat idéologique a ceci, en effet, de caractéristique qu’elle combine à la fois les miasmes d’une crise économique persistante, d’une décrédibilisation irréductible des voix officielles et médiatiques, ainsi que ses peurs sourdes, finalement générées par une impéritie géopolitique persistante des pays occidentaux.

Ces pays – dont la France – sont tous désormais embourbés dans une guerre prétendument « anti-terrorisme », laquelle, lentement mais sûrement, en vient désormais à vouloir s’inviter sur le territoire européen lui-même, ce qui n’a absolument pas échappé à la perception populaire.

Cette peur prend d’ailleurs des accents parfaitement schizophréniques quand on constate qu’elle se traduit par une psychose méticuleusement entretenue par les médias d’une part, et de l’autre présentée par les mêmes comme ne devant pas céder devant elle. En matière de traitement de conflits, on a connu mieux…

D’habitude, le débat idéologique n’a toujours comporté qu’un seul acteur : la bien pensance – le reste n’ayant d’autre possibilité que la prosternation ou l’exclusion.

Ainsi, le débat idéologique a vu l’irruption inopportune d’autres acteurs pour la première fois moins rétifs.

Le premier de ceux-ci se présente comme cette part de la population qui – sollicitée par sondage – s’est prononcé à 90 % en faveur de la mesure de déchéance à un niveau tel que l’on pourrait dire ; « le peuple » a parlé, y compris celui « de gauche ».

Dans la suite de ce texte, nous l’appellerons ainsi.

Dans toute autre démocratie, il en aurait résulté l’adoption immédiate de la mesure.

Pas en France : la bien-pensance – outragée – a, en effet, décidé d’y répondre en dissolvant le peuple, conformément au conseil amusé qu’en son temps Bertold Brecht lui donna

Ainsi fut-il fait depuis la ville d’Alger* (* pourquoi Alger ? Quel très étrange symbole) et par la voix du ministre de la justice en fonction pour annoncer qu’ « il n’y aura pas de déchéance » !

La messe que l’on croyait alors dite, fut cependant immédiatement troublée par le président de la République en personne, qui aurait du être sensément sous l’emprise de la bien-pensance.

La brèche ainsi faite dans un dispositif qu’on croyait bien huilé, immédiatement attira les autres acteurs politiques.

Au final, ils sont trois.

Tous ont en commun l’appétit du pouvoir. Chacun ne représentant que 10 % effectifs du corps électoral qui rapportés au spectre politique, les désigne comme la gauche, la droite et l’extrême droite.

Quel est leur jeu ?

Par ordre d’apparition la gauche, dite gauche de pouvoir car elle l’occupe actuellement, incarnée par la voix du président, fait preuve d’un bien étrange courage contre une partie de son camp, en remettant à sa juste place sa ministre.

Il est évident que le réalisme politique et l’échéance de 2017 ont guidé cette attitude.

La droite, originellement en faveur de la mesure, décide alors de devenir contre, au simple motif que son adversaire politique était pour…

Ainsi fonctionne la vie politique dans « le meilleur système du monde ».

L’extrême droite, nouvelle venue de la politique et destructrice de cet admirable bipartisme qui permettait jusqu’ici à la droite et la gauche de se refiler le mistigri et les privilèges du pouvoir, se délecte alors devant cette guerre à front renversé où se placent désormais ses adversaires.

Plus que jamais, elle se tient en embuscade, toujours en vue des présidentielles de 2017.

2017 est donc le point de mire unique de ces trois acteurs, chacun y répondant selon sa position dans une compétition déjà si présente.

Rappelons ici que les dernières élections régionales ont encore démontré l’efficacité des mécanismes électoraux à maintenir au pouvoir des forces politiques, pourtant objectivement vaincues dans les urnes.

La démocratie n’est donc de plus en plus que d’apparence.

Pour autant, rien ne garantit qu’il en sera toujours de même pour les futures élections, tant l’ambiance décrite supra est de nature à éroder les plus belles mécaniques. Quand on ne représente, au mieux, que 10 % du corps électoral, il devient dans les circonstances présentes hautement périlleux de mépriser trop ouvertement le peuple.

Voilà qui suffit à expliquer pourquoi s’est subitement déréglée la belle mécanique du débat idéologique, marquant par là même ses limites.

C’est pour toutes ses raisons que le « peuple » est redevenu l’acteur central de la compétition pour 2017 et qu’ il convient de le choyer prudemment.

Chacun des acteurs opère alors selon sa manière, qui par opportunisme pour conserver le pouvoir (quitte ensuite à se renier) qui par pure imbécillité en s’aliénant une fois de plus sa clientèle électorale par pavlovisme politique, qui enfin pour profiter d’une situation inespérée.

Il y a pourtant, dans cette affaire « gallo-gauloise », un acteur majeur qu’on a bien tort d’ignorer. C’est le « stratège » du terrorisme.

Nul mieux que lui ne sait apprécier tout l’intérêt d’une Europe en voie de déshérence pour la réalisation de ses objectifs.

Nul mieux que lui ne saura en tirer le meilleur parti au grand détriment des futures victimes expiatoires que lui fournissent les pouvoirs européens aveugles, après avoir été expulsé par le Russe « manu militari » du Moyen-Orient.

Mais de cela évidemment, nul n’en a cure, sauf peut-être le « peuple »

Le pays de l’inconséquence

Il convient ici d’admettre que, coutumièrement, une autre des étrangetés du pays dont nous parlons est sa totale inaptitude à anticiper l’avenir.

Louis XVI par exemple – l’homme supposé être le mieux informé du royaume – n’a-t-il pas écrit dans son agenda, le 14 juillet 1789 : « rien à signaler » ? Les cas de ce genre abondent.

L’inconséquence consiste donc pour ce pays à se perdre dans les questions mineures par incapacité ou refus d’appréhender les questions majeures.

La conséquence de l’inconséquence est que les décisions mineures qui en découlent deviennent les plus lourdes de conséquences.

L’inconséquence politique a toujours été le premier ferment de ses crises à venir : mineure à la base, stupidement instrumentalisée par la suite, la question de la déchéance de nationalité ne dérogera pas à cette règle informelle.

Sur un autre plan, d’aucuns soutiendront non sans raison que le « peuple » lui-même est aussi inconséquent, ce qu’il vient encore de démontrer à l’occasion des dernières élections régionales en reconduisant les mêmes au pouvoir mais en déclarant dès la sortie des urnes (à 88 %) qu’il ne faisait nulle confiance à ses futurs élus.

Il est vrai que dans le même temps ce serait oublier ce qui l’unit actuellement presque totalement – une fois n’est pas coutume – et qu’il vient d’exprimer à 90 %, à savoir sa totale approbation sur la déchéance de la nationalité. Cette expression n’étant que la formulation conjoncturelle d’un profond sentiment qui le traverse : la peur.

Voilà qui change tout !

Malheureusement pour le peuple et si majoritaire soit-il, la profonde fracture qui divise la société entre une France dite « d’en haut », articulée autour de la bien-pensance, des politiciens de métier et des média d’une part et, de l’autre, tout « ceux qui n’en sont pas », indique sans contestation possible que c’est bien l’autisme du premier qui répondra à la peur du second.

Rien de bon n’est à en attendre.

La guerre qui vient

La crise de confiance latente qui en découle ne pourra qu’aller crescendo.

La conséquence en sera que la France, mais aussi toute l’Europe (chacun des pays traversant également son propre débat idéologique) ne se prépare absolument pas à la guerre qui vient.

La preuve en est que nul n’ose dire qu’elle vient, mais nul non plus n’ose affirmer que « l’Europe, c’est la paix »

Le schéma de la suite prévisible des événements est malheureusement tristement classique.

Sous l’effet d’un terrorisme qui ne désarmera pas et démontrera les impuissances à le juguler, la fracture politique engendrera la violence politique, puis lentement évoluera vers la guerre civile, larvée ou non larvée.

Cette évolution ne sera que la conséquence programmée de l’inconséquence des pouvoirs, égarés dans leurs calculs désuets et leurs tropismes idéologiques surannés.

C’est dans ce qui n’est à ce jour qu’une perspective qu’il convient, dès lors, d’analyser la question de la déchéance de la nationalité, et non dans sa forme elle-même.

Non ou mal résolue, elle deviendra alors le marqueur de l’incapacité gouvernementale.

Cette guerre qui vient, le « peuple » à la différence de ses « zélites », la sent confusément.

Il devine aussi qu’elle opposera les mêmes « nationaux », quand bien même elle serait guidée par un terrorisme inspiré de l’extérieur.

Il lui apparaîtra dès lors parfaitement logique que l’État, dont le rôle est d’assurer la sécurité des personnes et des biens, prenne quand il en est encore temps les mesures de prévention qui s’imposent.

Or, la déchéance de la nationalité, aux yeux du peuple, incontestablement, une importante mesure.

A-t-il vraiment tort ?

À défaut de réponse, c’est l’histoire qui se chargera d’y répondre

« L’histoire est un cimetière d’aristocratie » disait Paretto.

L’histoire dit aussi que ceux qui commencent une guerre ne la terminent jamais eux-mêmes, et souvent à leur propre détriment.

L’histoire dit enfin que dans les temps troublés, on ne gouverne jamais innocemment.

Lee Trusk