LA GUERRE AU YÉMEN (2/3)

Une approche par la désinformation

0
214

La guerre du Yémen à l’épreuve de la propagande/désinformation –

 

Linformation est un fait, et aujourd’hui le principe est que si elle est d’origine médiatique, alors elle est fausse. Que dit mainstream sur la guerre du Yémen ?

Au tout début du conflit (avril 2015) ses « experts » se succédèrent dans l’habituel gloubi-boulga pour asséner quatre pseudo-vérités :

  • le Yémen, c’est très compliqué,
  • la guerre a été déclenchée par le Royaume d’Arabie Saoudite ; à cet effet il a constitué une « force arabe d’intervention rapide » sur la base d’une coalition réunissant 34 nations. Cette guerre est légitime puisqu’il s’agit de remettre au pouvoir le président éponyme – Hadi – odieusement chassé par une camarilla de rebelles Houthis,
  • les Houthis sont des gens méchants puisqu’ils appartiennent à la minorité chiite du pays (40 % de la population), donc des suppôts de l’Iran honni (autre antienne de mainstream), et de ce fait fauteurs de guerre confessionnelle contre la majorité sunnite victime (60 %),
  • cette guerre est d’autant plus légitime que l’Arabie Saoudite ne cherche au final qu’à rétablir la démocratie (sic).

Mais le plus important est cependant ailleurs, car c’est depuis un immense silence qui règne dans les médias.

L’erreur instrumentale systémique découle alors d’elle-même au simple examen des faits.

  • Certes, que le Yémen soit « compliqué » n’est, en soi, pas complètement faux, mais pas moins que le fait de se réfugier derrière un tel argument pour éviter d’ expliquer qu’on y comprend rien pour maintenir sa fiction « d’expert ».
  • La guerre a été déclenchée par l’Arabie Saoudite : c’est vrai également mais en même temps trompeur. Au-delà des supputations des médias alternatifs sur le « pétage de plombs » des dirigeants saoudiens, L’Arabie Saoudite dépend totalement du grand frère US pour sa sécurité, il ne peut pas s’engager dans un conflit sans l’aval de celui-ci.

La seule question qui vaille est donc : pourquoi les US l’ont autorisé ?

  • Le président prétendument « légitime » n’est en fait que le produit d’un « printemps arabe »[1] appliqué au Yémen. Partout les printemps arabes ont finalement été rejetés par les populations locales, y compris au Yémen. Le président mis en place par ses parrains occidentaux et du Golfe au terme d’une élection parfaitement bidon, en a donc été chassé… par le peuple.
  • Le Yémen se débat depuis des lustres avec d’antiques conflits tribaux, mais jamais le pays n’a connu la guerre confessionnelle. En revanche, l’hostilité haineuse de l’Arabie Saoudite pour l’Iran chiite est une réalité. La création artificielle d’un conflit confessionnel est également un processus connu. Il est même un des fondements du terrorisme wahhabite. Le wahhabisme est la religion sectaire de l’Arabie Saoudite. Depuis des décennies, celui-ci a sponsorisé partout dans le monde des prédicateurs wahhabites et des écoles religieuses. [ NDLR : Le budget alloué à ce prosélytisme est estimé à plus de 100 millions de dollars annuels.] Le wahhabisme considère les Zaydites comme des non-croyants, ce qui vaut brevet d’apostat. L’école salafiste de Dammaj, dans la province zaïdite de Saada au Yémen, a ainsi accueilli au moins 8000 étudiants. Le schéma est strictement le même que pour qui a vu la création des talibans au cours de la première guerre d’Afghanistan, à partir d’écoles religieuses sur la frontière pakistanaise. C’est l’incubateur du terrorisme actuel. Il fut l’œuvre conjointe de la CIA, de l’ISI (les services pakistanais) et de l’Arabie Saoudite. Le conseiller stratégique d’Obama, Z. Brzezinski s’en vante encore !

Ce terrorisme est depuis longtemps présent au Yémen sous la dénomination d’AQPA (branche d’Al Qaeda dans la péninsule arabique, véritable nom de l’Arabie Saoudite).

Qui peut donc raisonnablement soutenir encore qu’il n’y aurait en la matière aucune corrélation entre ce terrorisme-là, les US et l’Arabie Saoudite ? Ce qui entraîne inéluctablement cet autre questionnement : comment l’Occident lumineux et ses affidés peuvent-ils prétendre combattre « ici » ce qu’en fait ils soutiennent « là-bas ». Qu’ils encouragent objectivement « ailleurs ». Sans la pleine perception de cet extrême duplicité stratégique devenue un piège consistant à croire manipuler un terrorisme devenu lui-même manipulant, il n’est aucune compréhension possible du système géopolitique actuel.

S’agissant dans le cas présent du rétablissement de la démocratie, encore une antienne de mainstream, on se reportera utilement à la remarque infra[2].

Comme relevé précédemment, le plus intrigant reste le silence médiatique absolu qui règne désormais sur ce conflit. Or, l’absence d’information est aussi une information. Pourquoi en effet ne pas avoir fait appel à cette indignation de commande comme lors des précédents conflits ?

C’est que, comme on vient de le voir, le dossier devient difficilement tenable pour mainstream. En plus, comme on le verra plus loin, l’affaire peut mal tourner, ce que certainement pour une fois le planificateur a anticipé. Il en résulte qu’il s’agissait dès lors – en imposant le silence médiatique – d’en exonérer les acteurs réels autres que ceux, surexposés, comme l’Arabie Saoudite.

Il en résulte également que cette évolution formelle de la trajectoire de la guerre globalisée marque indubitablement un point d’inflexion et un signal faible (un signal faible est en général un signal fort qu’on ne veut pas voir), un must des pouvoirs aveugles. Il pourrait être la prémisse d’un repli en train de s’engager[3]. Auquel cas le questionnement évolue : quelle forme prendra-t-il ? La seule certitude est que la réponse ne sera pas explicitement dans mainstream, mais implicitement peut-être.

[1] Appellation médiatique d’une série d’opérations subversives de « régime change » (littéralement : coup d’état) coutumièrement menées par les US, dont une vague lancée en 2011 avait pour but de remplacer les dirigeants arabes laïcs au profit des frères musulmans.

[2] Vu l’état de déliquescence des démocraties occidentales, il est en effet parfaitement possible d’imaginer qu’un pays aussi artificiel que l’Arabie Saoudite, fruit à la fois du minage géopolitique anglais de 1918 et de l’addiction US au pétrole – ce « sang du capitalisme », cet « excrément du diable » – une tribu de bédouins d’à peine 6000 membres, archaïque et obscurantiste selon certains, qui règne sur 26 millions de sujets-esclaves, gavés ad nauseam de pétrodollars, un pays qui interdit tout, qui coupe les têtes et les membres, qui lapide les femmes infidèles, qui veut éliminer tous les apostats… Oui, à l’évidence, nul effectivement ne semble plus qualifié que lui pour établir la démocratie dans ses confins méridionaux ! Pour considérer raisonnablement, ajoutons pourtant qu’il suffit simplement d’être acheté par lui pour paraître y croire.

[3] Comme la bataille de Stalingrad fut le point culminant du 2e conflit mondial, la guerre en Syrie sera celui de la guerre globalisée.