Gabon : échec de la tentative de placement d’un pion occidental à la tête de l’État ?

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Curieuse fin de partie au Gabon. Un candidat d’origine chinoise, Jean Ping, pilier du régime sous Omar Bongo, reproche à son beau-frère, Ali Bongo, d’être d’origine nigériane (ce qu’Ali Bongo nie) et, de ce fait, ne pouvoir être chef de l’État. Ce même Jean Ping a été le mari de Pascaline Bongo (fille d’Omar et sœur d’Ali) et s’est trouvé pendant toute sa carrière au cœur du système Bongo. A 73 ans, ce vieux cheval de retour de la politique gabonaise s’est présenté comme le renouveau de la vie politique de son pays et a fait campagne sur le thème du refus du maintien d’un « étranger » au pouvoir alors qu’il est lui-même d’origine étrangère.

Il est finalement battu de justesse dans les urnes et réagit brutalement en se proclamant élu sans attendre le verdict de la cour constitutionnelle. Il affirme avoir la preuve que la fraude a été massive en sa défaveur, mais a bénéficié du soutien de hackers ivoiriens, au premier rang desquels le meilleur d’entre eux, devenu expert en sécurité informatique, N’Cho Yao, chef d’entreprise au Congo voisin, actuellement en prison et accusé d’avoir falsifié des résultats au profit de Jean Ping.

Une action, semble-t-il coordonnée, d’attaque des lieux publics – l’Assemblée nationale incendiée, des commissariats attaqués, des commerces pillés, etc. – a été menée et le président gabonais accuse Jean Ping d’en être l’inspirateur, ce que celui-ci nie.

Le contrecoup international de cette élection est déjà fort puisque le président ivoirien, Alassane Ouattara, a dû officiellement se séparer de son plus proche conseiller, Mamadi Diané[1], personnalité d’origine guinéenne de haut niveau et tenu pour un représentant des intérêts américains auprès de lui. Mamadi Diané serait, avec un parcours différent, l’alter ego de Moïse Koré auprès de Laurent Gbagbo. Il a été accusé par les autorités gabonaises d’avoir organisé un système de fraude au profit de Jean Ping. Il aurait agi pour le compte d’un clan américain (personne ne sait plus qui décide de quoi aux États-Unis), possiblement sans informer Alassane Ouattara.

Le camp occidental était tellement certain de la victoire de son candidat qu’il a réagi sans attendre la proclamation des résultats : États-Unis, Union Européenne, France, exigent le recomptage des voix dans le Haut-Ogoué (fief d’Ali Bongo), oubliant que c’est Jean Ping, alors président de la commission de l’Union Africaine, qui avait sèchement refusé le recomptage des voix demandé par Laurent Gbagbo au Nord de la Côte d’Ivoire.

Ali Bongo a fait preuve, depuis son arrivée au pouvoir en 2011 (dans des conditions qu’on peut cette fois aussi qualifier de « calamiteuses »), d’une véritable volonté de rompre avec le système de gestion de type « chef de village » de son père. Il a, en particulier, cessé de rémunérer une liste impressionnante de prébendiers de toutes origines, surtout français, qui avaient un jour rendu un service à Omar Bongo et étaient souvent alimentés à vie. Cela crée des inimitiés !

Plus grave : il a manifesté dans différentes circonstances, une véritable capacité de réflexion. Son discours au sommet de la Francophonie de Dakar, il y a deux ans, était le seul discours de ce sommet écrit par celui qui le prononçait. Ali Bongo avait alors déroulé une véritable ambition pour la Francophonie. La force de sa position aurait sans aucun doute, s’il y avait eu vote, conduit à l’élection de Jean-Claude de l’Estrac, son candidat, au poste de secrétaire général. À cette occasion, il a démontré une réelle capacité à développer une politique africaine sans passer par les fourches caudines du camp occidental. Cela ne lui a pas été pardonné.