Il est bon que le temps soit construction

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Dans un univers familial, où le voyage n’est pas de mise, il y eut pourtant un Royaume qui nous fut conté toute notre enfance. Il y eut aussi ce bijou finement ciselé, fièrement épinglé sur le chemisier de notre mère et un plus petit, identique qui me fut destiné, évocateur mémorial,enfoui mais immanent à une histoire distillée par bribes livrées avec une émotion issue des profondeurs.
Mon Père, militaire en ces temps-là, un jour de juillet, laissa derrière lui sa jeune et belle épouse, une petite E de trois mois serrée dans les bras, dans cette grande maison de bord de mer et partit faire campagne sur l’autre continent avec un bataillon d’une trentaine d’hommes. Il revint dix mois plus tard, ce pays-là ayant conquis son Indépendance. Et sa petite fille ne le reconnut pas.

Cette histoire insidieusement ne nous a jamais quittés, jusqu’au jour où le verdict est tombé: plus d’un demi-siècle plus tard, après les forêts blanches, ce serait au bord du fougueux Atlantique, au cœur de l’authentique xxx que nous retournerions à certaines sources.
Ce 1er septembre de l’An 2013, dans l’édition d’un journal francophone distribué à bord de l’avion, je découvrais le message de SM le Roi à la 1ère conférence des Ambassadeurs, consacrant l’identité civilisationnelle séculaire du Royaume, développant les grands axes stratégiques, dont ceux de la diplomatie culturelle.
Je l’ai compris comme un signe fort. Il y en aura d’autres.
Et je foulais pour la première fois le sol du Royaume qui allait m’ accueillir les deux prochaines années. Il faisait chaud, la terre d’argile et d’ocre, les visages curieux, parfois dubitatifs, l’Océan puissant, le sable rugueux, les roches millénaires, tout restait à reconstruire.
Ce sont les fleurs roses et blanches des lauriers, des bougainvilliers, des rouges hibiscus qui ont guidé le choix de notre maison atlantique. Elle fut nôtre avec le temps presqu’indolent, incertain dans ses débuts.
Les fins de semaine, l’Océan bruissonnait ou grondait, suivant les saisons, on le devinait en mouvement. Je ne sais toujours pas si je dois m’en rassurer ou inquiéter. Des oiseaux occupent l’espace des sons, le ciel est léger – parfois lourd, les fleurs s’imposent, les objets devenus familiers comme immobiles n’attendent que notre regard pour leur prêter vie. Sans doute en est-il ainsi de tout ce et ceux qui nous entourent? Et puis le mouvement des hommes de ce pays  : de ceux qui courent le long de la côtière, qui s’affairent, cherchent l’or rouge ou la sardine, chevauchent leurs bicyclettes de rude fortune, de ces femmes dont l’étoffe noire vole au vent ou emmitouflées, bébés lovés dans le dos de chatoyants pilous, vaquant d’un pas déterminé, contre vents et marées, de ces jeunes en blouse blanche seyante à pas précipités vers le savoir, de ces « cavaliers » du quotidien à dos d’âne, de ces chercheurs d’or vert que sont avoines et blés précoces, de ces bêtes à fleur d’os, ces hommes et femmes que je vois chaque matin et soir, dans ce mouvement pendulaire et qu’un signe de la main conforte dans l’acceptation de la différence.