Interview de Jean Claude de l’Estrac, candidat de l’île Maurice au Secrétariat général de la Francophonie

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jean-Claude de l'Estrac et Abdou Diouf
Jean-Claude de l’Estrac et Abdou Diouf

1/ Vous êtes le candidat d’un État toujours présenté comme très petit mais, au regard de l’Indice de développement humain, votre pays est classé un peu en dessous du Liban, avant la Tunisie, le Gabon, le Vietnam ou le Maroc. Cela vous place dans la catégorie des pays nouvellement industrialisés, devant tous les pays émergents membres de l’OIF. Comment un pays sans ressources naturelles, d’une extrême pauvreté lors de son indépendance, en 1968, et doté d’une diversité ethnique et religieuse extrême a-t-il pu y arriver ?

Il est vrai que les résultats de Maurice en termes d’IDH sont très positifs, au point que l’on peut parler d’un « grand petit pays ». Maurice est considéré aujourd’hui comme l’un des plus performants sur le plan économique, mais aussi sur le plan social. Ce « miracle mauricien », comme certains observateurs l’ont qualifié, tient d’abord à la gestion réussie de notre diversité culturelle. Malgré les difficultés que l’on nous annonçait insurmontables au moment de notre indépendance, nous avons créé les conditions de la coexistence pacifique de nos communautés. C’est sur un terrain social et communautaire assaini que nous avons assis les bases de notre décollage.

Quant à notre performance proprement économique, elle tient à un mélange de politiques sociales efficientes, en particulier au niveau de l’éducation et de la santé, et de stratégie macroéconomique rigoureuse sur le long terme. C’est ce mix original qui a suscité la confiance des investisseurs internationaux.

Enfin, reconnaissons qu’il y a eu de l’audace et une part de chance. Les gouvernements et le secteur privé mauricien ont su se saisir des opportunités lorsqu’elles passaient. Qu’il s’agisse de la mise en place de la zone franche et de son ouverture aux investisseurs Hongkongais, du développement progressif d’un secteur financier off shore, de la reconversion réussie du secteur sucrier ou encore du traité de non double imposition avec l’Inde qui a fait de Maurice la première place financière au monde pour l’investissement vers cet immense pays, nous avons su tirer parti de la conjoncture.

Notre modèle est confronté aujourd’hui à des défis nouveaux qui trouvent aussi leur solution dans la dimension régionale, comme la connectivité maritime. Nous savons bien qu’aucun succès ne perdure dans l’immobilisme. Mais j’ai une foi profonde dans la capacité de mon pays à faire face. Au fond, la clé de notre succès, c’est un optimisme raisonné appuyé sur l’expérience et amplifié par la richesse de notre diversité.

2/ Les mesures prises en son temps par Margaret Thatcher ont réduit l’influence culturelle de l’Angleterre à Maurice. Cela a entraîné une nette amélioration de la position de la langue française, notamment par le fait que les élites mauriciennes sont allées beaucoup plus qu’auparavant se former en France, ce qui a eu des conséquences économiques. Pouvez-vous nous les expliquer ?

D’un point de vue historique, il faut reconnaître que depuis les débuts de la colonisation britannique en 1810, Londres n’a jamais mené à Maurice une politique coloniale assimilationniste. En tout cas pas sur le plan culturel, humain ou linguistique. Les gouvernements britanniques ont tiré profit de l’appartenance de notre île à la Couronne, mais ils ont toujours laissé la langue française prospérer, aux côtés du créole et des langues asiatiques, notamment de l’hindi.

Cependant, vous avez parfaitement raison d’évoquer l’influence de la politique de Margaret Thatcher. Les restrictions budgétaires imposées par son gouvernement ont conduit à la fermeture du centre culturel britannique à Maurice. Or, ce centre était un outil essentiel de promotion et de rayonnement de la langue et de la culture anglaise.

A cela s’est ajoutée la hausse considérable des frais d’inscription dans les universités britanniques où se formait une large part de l’élite mauricienne. C’est ainsi que les universités françaises ont commencé à former des Mauriciens, devenus avocats, médecins, enseignants, fonctionnaires. Ces Mauriciens formés en France sont naturellement devenus francophones et très sûrement francophiles.

Enfin, il y a aussi l’influence des médias, en particulier de la presse écrite majoritairement d’expression française. C’est parce que les Mauriciens ont accès à une presse libre, indépendante, pluraliste et en français que cette langue est continue d’être pratiquée naturellement après 150 de présence coloniale britannique. Et le développement de la télévision satellitaire depuis quelques années, notamment autour des chaînes françaises, a achevé ce travail de renforcement de la langue française.

Jean-Claude de l'Estrac
Jean-Claude de l’Estrac

3/ Une plus grande liberté de circulation dans un espace linguistique
a des conséquences économiques fortes ?

Bien sûr ! Il faut promouvoir la liberté de circulation dans l’espace francophone. Promouvoir cette liberté veut dire aussi savoir l’organiser pour éviter deux phénomènes négatifs : le premier, c’est l’accroissement de phénomènes migratoires non désirés dans les pays francophones du Nord où la stagnation économique rend aujourd’hui l’immigration difficile, voire périlleuse. Le second, c’est d’éviter la fuite des cerveaux, l’émigration définitive des étudiants formés hors de leur pays d’origine.

L’Afrique, en particulier, a besoin de ses intellectuels, de ses ingénieurs, de ses scientifiques. La mise en œuvre d’un espace linguistique de libre circulation ne doit pas aboutir à l’en priver.

4/ Cela ne vous poussera-t-il pas à défendre l’idée d’un « visa francophone » ?

Naturellement. C’est un objectif noble et ambitieux dans lequel je me reconnais d’autant plus facilement que je mesure la frustration des jeunes d’aujourd’hui dans de nombreux pays du Sud. En un clic sur internet, ils accèdent aux sites des meilleures universités et des Grandes écoles, peuvent s’y préparer, mais constatent rapidement que les contraintes pour obtenir un visa constituent un véritable mur de Berlin.

Il faut, je crois, une réflexion commune entre pays francophones pour faire avancer les choses de façon pragmatique, avec l’objectif – je me répète – que nos jeunes retournent exercer leurs talents dans leurs pays d’origine.

5/ Il y a eu, malgré l’action déterminée d’Abdou Diouf, un recul des réalisations de l’OIF en Asie francophone, notamment à cause d’un désintérêt français pour les classes bilingues au Vietnam qui a pu conduire à l’effondrement de leur fréquentation lorsque l’enseignement supérieur français se fait en anglais comme c’est le cas à Hanoï. N’y a-t-il pas une action spécifique à mener pour soutenir les autorités vietnamiennes dans leur action en faveur de la langue française ?

Il faut remettre les choses dans leur contexte. L’usage du français s’est perdu, au moins au nord Vietnam, à partir de 1954. Avant cette date, le français n’était d’ailleurs parlé que par une couche infime de la population.

L’ouverture du Vietnam à la fin des années 80 a coïncidé avec la mondialisation et l’arrivée des bailleurs, notamment de la Banque mondiale, de la Banque asiatique de développement, de la Jaica et de l’Union européenne. Toutes ces institutions y travaillent en anglais. Si l’on y ajoute la normalisation des relations diplomatiques avec les Etats Unis et l’ouverture croissante du pays au marché, on comprend mieux cette soif d’anglais qui semble parfois saisir le Vietnam.

Pour autant, la bataille est loin d’être perdue ! Je rappelle d’ailleurs que le Vietnam a choisi le français comme langue de travail aux Nations unies.

La France a fait beaucoup d’efforts pour marquer sa présence sur le plan économique et culturel. La visite du Président Mitterrand en 1993 a été impressionnante par son contenu.

Le choix de tenir le 7e Sommet de la Francophonie à Hanoï en 1997 a été aussi le meilleur symbole de la volonté de l’OIF de muscler le dispositif francophone dans cette région du monde. A Ho Chi Min Ville, par exemple, l’enseignement supérieur en français rencontre un grand succès et cela explique aussi la réussite en amont des classes bilingues français/vietnamien. Le succès entraîne le succès et l’Agence Universitaire de la Francophonie, qui a établi son Bureau régional pour l’Asie Pacifique dans la capitale du Vietnam, y est pour beaucoup. Grâce à son action et aussi à l’importance des coopérations bilatérales, des masters francophones et même des diplômes d’ingénieur se sont créés. Le bilan est donc loin d’être négligeable ! Je suis convaincu que la Francophonie a un espace devant elle en Asie, et pas seulement au Vietnam, à condition que nous sachions bien comprendre les attentes réelles de ces pays, notamment des sociétés civiles, et que nous agissions de façon utile.

6/ L’Université Senghor d’Alexandrie démontre que la Francophonie en Égypte peut-être très dynamique et avoir un large retentissement international. Pourtant, la pratique du français régresse dans ce pays. L’Égypte a pourtant plus besoin que jamais des valeurs que porte la langue française. Comment, dans cette situation très particulière, redonner le goût du français à la jeunesse égyptienne ?

L’Egypte a été longtemps une place forte de la Francophonie dans le monde arabe. Ce n’est pas pour rien que Boutros Boutros Ghali a été le premier Secrétaire général de notre organisation !

L’histoire de la seconde moitié du XXe siècle explique pour beaucoup la perte d’influence de notre langue, avec le départ rapide à compter de 1956 des populations les plus cosmopolites, qui étaient aussi largement francophones, en particulier à Alexandrie et au Caire. Malgré un vif attachement de nombreux secteurs de la société égyptienne au français, à sa culture et à sa dimension universaliste, l’importance de la relation avec les Etats-Unis durant la guerre froide a également pesée. L’histoire est passée et on n’y reviendra pas. Alors, regardons devant nous !

La Francophonie aura une résonnance en Egypte si elle est capable de parler aux nouvelles générations. Dans un pays qui a connu et connaît encore une polarisation politique très forte, notre message de liberté intellectuelle, de respect de la diversité culturelle et d’ouverture au monde moderne a toutes les chances de répondre aux attentes d’une large partie de la jeunesse. C’est pourquoi je suis convaincu que l’Université Senghor d’Alexandrie est, en effet, un instrument de rayonnement et de grande utilité.

7/ Il y a eu pendant très longtemps une absence de réflexion francophone sur le développement économique, c’est la création de l’Institut d’études sur la francophonie économique et la mondialisation de l’université de Lyon (IFRAMOND) qui a comblé ce vide. Abdou Diouf vient d’inaugurer l’Institut International pour la Francophonie (2IF) qui est un développement d’IFRAMOND. Quelle place donnerez-vous à ce remarquable centre d’enseignement et de recherche dans votre action future ?

Je suis convaincu d’une chose : la Francophonie de demain sera utile ou ne sera pas. Ce qui veut dire qu’elle prendra une réelle dimension économique à l’échelle mondiale ou qu’elle passera à côté de l‘histoire. De mon point de vue, cette dimension économique doit s’intéresser en particulier à l’industrialisation dans les pays d’Afrique francophone parce qu’il s’agit de croissance et de création d’emplois, d’énergie et d’infrastructures mais aussi de bonne gouvernance, de transparence, et du climat d’affaires.

Fortheureusement, je constate que cette conviction qui est la mienne est aussi celle de beaucoup de mes interlocuteurs.

Mais avant l’action, il y a la réflexion. Ce qu’a fait l’IFRAMOND n’a pas de prix. C’est une pièce essentielle d’observation et de compréhension, depuis notre perspective francophone, de la mondialisation en cours. J’ai déjà eu l’occasion de le dire : je souhaite que l’OIF puisse abriter un « thinktank », un laboratoire de réflexion de haut niveau sur la mondialisation, l’industrialisation et les échanges. Le nouvel Institut International pour la Francophonie, 2IF, qui amplifie l’action d’IFRAMOND, pourrait en être l’une des composantes académiques les plus pertinentes.

8/ Vous menez une campagne en direction des pays insulaires de la Francophonie, avec l’appui notamment du Partenariat Eurafricain. Y a-t-il une spécificité de la Francophonie des Îles et quel peut-être leur apport au développement de la Francophonie ?

La dimension insulaire de la Francophonie a été trop longtemps passée sous silence. De façon plus générale, la spécificité des îles et notamment des Petits Etats Insulaires en Développement – les PEID dans la terminologie de la CNUCED – n’a été prise en compte que de façon tardive et trop souvent fugace ou fragmentaire.

Je suis très heureux de voir, en effet, le Partenariat eurafricain se faire l’écho des préoccupations des pays insulaires. C’est une grande avancée dans la prise de conscience mondiale des menaces qui pèsent sur la biodiversité, les équilibres marins et plus encore sur les peuples insulaires.

Concernant la Francophonie dans nos îles, je dirais qu’elle est, en effet, originale à un double titre : d’une part, parce qu’elle coexiste souvent avec d’autres langues, dans un cadre multilingue flexible, et sur un tout autre plan, parce qu’elle permet de faire remonter vers la communauté internationale notre lecture francophone des problématiques insulaires qui sont complexes et graves pour le futur de l’humanité.

À la fin de ce mois, je merendrai à Samoa, à la IIIe Conférence des Nations unies sur les PEID. En tant que Secrétaire général de la Commission de l’océan Indien et en tant que représentant du groupe AIMS, qui regroupe les PEID d’Afrique, de l’océan Indien, de la Méditerranée et de la mer de Chine méridionale, j’y prononcerai, en français, un plaidoyer pour ces petits Etats insulaires.

Ma contribution sera, soyez-en assuré, celle d’un avocat pugnace, mais aussi celle d’un responsable francophone qui contribue activement sur ce dossier au maintien de la diversité dans le monde.

9/ On parle beaucoup des perspectives de croissance démographiques à l’horizon 2050 qui entraîneraient quasi mécaniquement une augmentation du nombre des francophones, principalement en Afrique, jusqu’aux environs de 800 millions. Cela est-il crédible ?

Je vais vous faire un aveu : bien qu’ayant occupé des portefeuilles ministériels économiques où l’on raisonne souvent en statistiques, je demeure un homme de lettres. J’éprouve du respect pour l’esprit de géométrie, comme disait Blaise Pascal, mais je n’ai pas le fétichisme des chiffres.

Je ne sais pas si nous allons arriver à ce niveau symbolique de 800 millions et, finalement, je crois que cela n’a qu’une importance relative.

À mes yeux les francophones compteront dans le monde de demain si le fait de naître au sein de cet espace est porteur d’une valeur ajoutée, si cela constitue un plus au sein de la chaîne de valeurs pour leur développement personnel et collectif.

Cela étant, les perspectives démographiques en Afrique contribueront sans aucun doute à réaffirmer la place du français comme langue internationale. Il y a quelques mois, un article du magazine Forbes titrait :
« Quelle sera la langue de l’avenir ? Les données suggèrent que ce devrait être le français » ! L’analyse est fondée sur la démographie mais j’insiste sur le fait que cette prévision sera réalité si et seulement si nous faisons la démonstration de l’utilité de cette langue pour les échanges économiques, commerciaux, culturels et diplomatiques, pour la recherche et la création artistique…

10/ Cependant, et quelques que soient les perspectives de long terme, aujourd’hui, le cœur du développement de la langue française est l’Afrique. Comment voyez-vous le rôle de l’OIF dans le développement du français en Afrique ?

Il est, à l’évidence, fondamental. Et de ce côté-là je ne suis pas inquiet. Il existe un réel attachement des pays africains francophones à l’égard de la langue de Molière qui est aussi celle d’Amadou Hampathé Ba et d’Alain Mabanckou.

Elle est la langue qui unit, la langue qui dépasse les appartenances ethniques.

Mais elle est aussi la langue qui ouvre nos pays d’Afrique francophone vers d’autres espaces économiques et culturels.

Incontestablement, le français est à la fois une langue et un instrument de développement du continent.

11/ La création par les États membres de l’OIF d’une agence de formation des maîtres de l’enseignement primaire et de l’enseignement secondaire n’est-elle pas une priorité ?

Les structures ne font pas automatiquement les bonnes politiques. Je réserverai donc ma réponse sur ce point. En revanche, je crois qu’il y a un espace très important à combler en matière de formation tant dans les pays francophones eux-mêmes qu’en matière d’enseignement du français comme langue étrangère, le FLE comme on dit dans le jargon.

Des outils nouveaux existent avec le développement de l’enseignement à distance pour les maîtres et la Francophonie peut donc apporter beaucoup à la formation deformateurs. Mais les outils, comme disait le poète, ne sont que des objets inanimés s’ils ne sont pas mis en perspective. Pour moi ce qui compte, c’est que les maîtres puissent transmettre à leurs élèves, partout dans le monde, cette passion du français, qui est celle d’une culture mondialisée qui ouvre des portes et crée des opportunités. Et d’ailleurs cela devrait se faire déjà dans les classes pré-primaires. Les premières années de la vie d’un enfant sont déterminantes, elles façonnent en grande partie le devenir de l’enfant, sa curiosité, ses intérêts, ses facultés d’adaptation et de compréhension. L’avenir de la langue française se joue aussi au près des plus petits.

12/ Une logique de développement partagé dans et par l’espace francophone n’est-elle pas la réponse aux bouleversements géopolitiques en cours ?

Le monde actuel est, en effet, un monde instable et dangereux parce qu’interconnecté. Dans ce monde multipolaire, le pouvoir d’influence – le soft power, comme disent les anglo-saxons –devient essentiel. La Francophonie est en soi un softpower, elle exerce un « magistère d’influence » par sa vocation à être un espace de solidarité rayonnant, qui transcende les frontières et ne peut exister sans dimension économique ni utilité sociale et politique.

Sur le plan économique, les lois du marché peuvent être pondérées par une meilleure prise en compte de ce que nous, Francophones, pouvons nous offrir les uns aux autres. Les groupes du Nord, pourvoyeurs de capital et de technologie, ont intérêt à envisager leurs relations avec le Sud dans une perspective partenariale et en faveur du développement durable.

Sur le plan diplomatique, notre organisation n’a de sens que si elle tend la main aux pays francophones qui traversent une crise. Le président Diouf a beaucoup fait dans ce domaine très délicat de la paix et de la sécurité et nous devons lui en être reconnaissants.

13/ Vous êtes en visite officielle en Côte d’Ivoire du 13 au 15 août au cours d’une véritable tournée africaine qui vous mène au Sénégal, au Bénin et au Gabon. L’importance de la RCI dans la Francophonie africaine n’est pas à démontrer. Cependant, là comme ailleurs, elle est en devenir et le développement de l’enseignement en anglais, dès le primaire, y est au moins le signe d’une interrogation des familles sur le meilleurs choix possible pour leurs enfants. Le lien avec l’emploi et le développement économique est premier dans le choix des familles. Comment donner aux familles ivoiriennes une plus grande confiance dans la Francophonie ? Quel est, selon vous, la place de la Côte d’Ivoire dans le développement de la Francophonie ?

La Côte d’Ivoire sort d’une crise politique profonde qui a secoué toutes les couches de la société. Elle cherche aujourd’hui à tourner la page. C’est un exercice difficile, car les plaies sont encore ouvertes. Mais j’ai confiance dans la capacité du peuple ivoirien à aller de l’avant et à reprendre la route de la croissance et du développement avec l’appui de tous ses partenaires, dont l’OIF.

La Côte d’Ivoire ne saurait envisager son insertion dans les échanges internationaux hors du contexte francophone qui est le sien. C’est sa base la plus solide et cela va, à mes yeux, bien au-delà de l’importance des relations économiques entre Abidjan et Paris.

Une fois encore, je ne suis pas de ceux qui estiment que la Francophonie est l’ennemie de la langue anglaise. Il est légitime que les familles ivoiriennes se préoccupent de l’éducation de leurs enfants, et de leur niveau d’anglais. Je ne conçois pas cela comme une défiance ou une quelconque pathologie, loin s’en faut. Je crois d’ailleurs que tous les pères de famille me rejoindront sur ce point.

Après les années d’errance et d’affrontement, la jeunesse ivoirienne et la société ivoirienne dans son ensemble ont soif de formation et de création. Elles ont soif d’ouverture au monde.

Le Francophone de conviction que je suis a confiance dans ce dynamisme des langues vivantes en Afrique, parce qu’il est le meilleur outil du développement de ces pays et en aucun cas le signe d’un abandon de ce qui fait leur spécificité et leur force.

14/ En conclusion, et parce que le choix se fera, en tout cas il faut l’espérer, en fonction de ce que chaque candidat représente, votre candidature n’est-elle pas celle d’un modèle de développement à la fois francophone et multilingue adaptable aux particularités de chaque pays émergent ?

La candidature de Maurice est celle d’une Francophonie « originale et décomplexée, résolument ouverte et heureuse d’exister », comme l’a écrit le Premier ministre mauricien, Dr. Navinchandra Ramgoolam. Je crois que c’est une excellente définition.

Par expérience politique comme par conviction personnelle, je ne crois pas aux excommunications ni aux anathèmes. Les batailles défensives finissent toujours par être perdues. La Francophonie de demain ne se développera dans le monde que par sa force d’attraction et le rayonnement de sa diversité.

Elle parlera à nos pays du Sud, notamment aux plus pauvres, parce qu’elle y sera vue comme une entité solidaire, utile à leur développement et à leur insertion dans les échanges.

Ma candidature est fondamentalement une candidature africaine et indianocéanienne centrée sur la conjonction de deux valeurs auxquels je crois profondément, le respect de l’Autre et l’innovation économique.