Sécession au Mali : pour une issue politique, économique et sociale

La sécession du Nord du Mali est un présent laissé à François Hollande par Nicolas Sarkozy. Une sorte de cadeau de joyeux avènement. Et, contrairement aux apparences, cette sécession est ce qui légitime aujourd’hui le plus la succession de visites de chefs d’États africains à l’Élysée.

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Le Mali au cœur de la tourmente
Le Mali au cœur de la tourmente

Les débris de la politique de Nicolas Gribouille

En réalité, c’est la politique de Gribouille qui a été menée en Afrique par le précédent pouvoir. Les décisions de l’Elysée n’étaient pas la conséquence d’analyses claires des enjeux et de l’intérêt national. Elles étaient liées à une forme ultime de dégénérescence de la relation France-Afrique : celle de la connivence et du copinage.

Sarkozy ignorait que la capitale des Touaregs est Agadez et il a cru le général Ould Abdel Aziz, président de la Mauritanie, lorsque celui-ci a conçu avec Robert Bourgi le plan génial qui a abouti à la participation du Mali. Ce plan, qui n’a pu être mis en œuvre sans l’appui de Claude Guéant, le véritable patron des relations françafricaines Sarkozy régnant, reposait sur l’affirmation péremptoire par les Mauritaniens qu’ils avaient la capacité de contrôler les Touaregs. Or, la présence touarègue en Mauritanie est marginale et le pouvoir mauritanien est considéré comme hostile par les Touaregs (les Touaregs y sont présents officiellement à Bassikounou, à 200 km au sud-est de Oualata et à l’est de Nema, à 50 km de la frontière malienne. Il faut ajouter que des Touaregs nomadisent dans toute la wilaya du Hod-Ech-Chargui, mais aussi à l’occasion dans celles de l’Adrar, de Tagant et de Tiris Zemmour. Leur nombre est probablement de quelques dizaines de milliers. Les combattants touaregs de l’armée libyenne qui sont rentrés en Mauritanie à la chute de Kadhafi ont été durement réprimés). Cela n’a pas empêché le trio Aziz/Bourgi/Guéant de convaincre l’ex-président de jouer la partition du Mali au profit du MNLA, ce dernier étant supposé disposer des moyens d’éliminer AQMI de la région.

Or, les meilleurs alliés de la France Sarkozienne, le Qatar et l’Arabie Saoudite, ont tué le plan ! En effet, les millions de dollars déversés par ces deux pays sur le mouvement salafiste touaregs d’Iyad Ghali, Ançar Eddine, lui ont permis, ces derniers mois, de racheter à l’unité ou par lot, une grande partie des combattants du MNLA. On est désormais passé d’un rapport de forces, au début de l’insurrection, de 3 à 1 en faveur du MNLA (environ 3 000 hommes contre, au plus, un millier d’hommes), à un rapport de 1 à 1,5 en faveur de la coalition Ançar Eddine/MUJAO/AQMI/Boko Aram.

Cela explique la prise de contrôle des principales villes du Nord par les salafistes et les destructions entreprises à Tombouctou et qui visent des symboles d’un Islam soufi jugé par les extrémistes musulmans comme une possible passerelle en direction du christianisme.

La faiblesse des pouvoirs régionaux

Certes, les fautes politiques et stratégiques française ne pouvaient causer de tels dégâts que dans une situation de faiblesse extrême des pouvoirs régionaux, qu’il s’agisse des Etats ou des organisations internationales, CEDEAO et UA.

À commencer par le Mali. La chute d’ATT est intervenue alors que le pouvoir était coupé de la population et que le Nord du pays entrait en sécession. Les militaires, écœurés par la situation impossible dans laquelle ils étaient mis, mal armés, avec un haut commandement compromis avec AQMI, indignés par le sort réservé aux corps de leurs malheureux camarades égorgés par les salafistes, ont décidé de prendre les commandes. Dès le départ, ils ont annoncé que ce n’était que pour une transition. Cependant  la réaction de la communauté internationale a, dans un premier temps, été tournée contre les militaires maliens et non pas contre les katibas d’AQMI qui insécurisent tout le Sahel.

Curieusement, c’est à une mise en tutelle du président en exercice de la CEDEAO, Alassane Ouattara, par son mentor Blaise Compaoré, que l’on a assisté. Compaoré sait que sa situation personnelle est précaire et il craint par-dessus tout une contamination du Burkina-Faso par AQMI et associés. Dans cette mise en tutelle du très faible président ivoirien, Yayi Boni a joué le rôle de la mouche du coche en ridiculisant la première mission de la CEDEAO vers Bamako, qui a dû faire demi-tour en vol, dans l’impossibilité où elle s’était trouvée d’atterrir sur une piste occupée par des manifestants hostiles.

Yayi Boni qui, après l’annonce de l’octroi d’un statut d’ancien chef d’Etat au capitaine Sanogo et connaissant lui-même cent capitaines béninois capables de le faire tomber, s’est précipité à Paris, en tant que président en exercice de l’UA, pour supplier François Hollande d’intervenir militairement ou d’obtenir mandat de l’ONU pour le faire. Ce n’est pas tant la situation malienne qui inquiète le très mal élu président du Bénin que son fauteuil, de plus en plus éjectable.

Certes, quelques pays sortent du lot. Et ce sont justement ceux où les élections présidentielles se sont bien passées, le Sénégal, la Guinée et le Niger. Le Sénégal dont la diplomatie retrouve ses marques après la longue dérive du pouvoir des Wade. La Guinée, qui va à marche forcée vers ses élections législatives et peut acquérir une véritable légitimité dans un rôle de stabilisation sous-régionale, le Niger, clé de la question touarègue et dont le président est l’ami de François Hollande.

Vers une nouvelle donne

C’est justement ces présidents neufs, et aussi quelques autres, parfois mal élus mais qui manifestent une volonté de rompre avec de mauvaises habitudes, qui donnent de l’espoir. Il est possible, à partir d’une analyse sans concessions de la situation sur le terrain, de mettre en œuvre une coordination des politiques locales, régionale et internationale qui permettent une sortie de crise.

François Hollande a clairement exposé aux chefs d’Etats africains qu’il a récemment reçu une nouvelle orientation de la France en Afrique. Il semble que nous allions enfin vers la définition de véritables partenariats. Surtout, la connaissance de l’Afrique par François Hollande, qui est beaucoup plus pointue que ce que la rumeur répand (et, peut-être, est-il lui-même à l’origine de cette rumeur), semble proche de la réalité ce qui, prosaïquement, apparaît presque aujourd’hui comme inespéré.

Il est possible de sortir de la crise malienne, en s’appuyant d’abord sur l’ensemble des États concernés, en commençant par ceux dotés de présidents à la légitimité incontestée. Cependant, malgré les faibles effectifs de la rébellion au Nord du Mali, toutes tendances confondues, l’armée malienne ne peut en venir à bout seule, et même aidée par les armées ouest-africaines, elle ne pourra s’en sortir qu’en bénéficiant d’appuis occidentaux.

Mais, surtout, au-delà d’un éventuel appui occidental, c’est-à-dire d’une résolution contraignante de l’ONU, c’est vers une solution globale qu’il faut aller. Certes, les Touaregs ont reculé (ou semblent l’avoir fait…) devant le mur d’argent émirati. Mais cela ne veut pas dire qu’ils ne soient pas en mesure de reprendre le terrain perdu. Or, ils sont les seuls à maîtriser la totalité de la région Sahélo-Saharienne. Le retour de la paix civile au Mali passe par un règlement global de la question touarègue, dans les limites de l’ancien Office central des régions saharienne (OCRS, 1957-1961) et au-delà, jusqu’au Fezzan.

Et les salafistes et ceux qui les soutiennent (c’est-à-dire les « banquiers » du camp occidental) y ont forcément pensé. La question est désormais de savoir dans quelle direction va désormais orienter la rébellion touarègue la subversion salafiste ? La rumeur chuchote que c’est vers le Nord…

Il est aujourd’hui possible d’espérer que le nouveau pouvoir français tirera les enseignements des errements du pouvoir précédent et saura agir vite et efficacement, en sachant que la solution est avant tout diplomatique, politique, économique et sociale et seulement en ultime recours militaire.

Pascal Maurin