Honni soit qui Mali pense

0
270

Après une mise en condition médiatique en règle, désormais classique avant toute intervention militaire mandatée par la « communauté internationale », la crise malienne a subitement disparue des écrans radar. Les raisons en sont multiples…

Une première raison serait que la faute en revienne à la crise syrienne, qui promet de durer quel qu’en soit le vainqueur apparent. Mais c’est surtout le risque sérieux de son extension incontrôlable qui mérite amplement, et pour une fois, de ne pas avoir « plusieurs fers au feu » car les conflits, ça résonne et ça ne ferait que le troisième (donc trois fronts) avec l’Afghanistan.

La seconde raison pourrait provenir d’une conscience légitime, par-delà les désormais rituelles indignations de circonstance, comme le résume un spécialiste véritable de ce type de dossier : « si on s’engage, c’est un nouvel Afghanistan au sud de l’Europe ! ». En clair, à part des coups en va et vient, aucune troupe classique n’a la carrure pour combattre durablement dans ce désert-là sans de très très sérieuses déconvenues. Quant aux résultats stratégiques…

Mais il est peut-être une troisième raison, qui veut qu’une intervention ne soit pas vraiment nécessaire. Le Mali regroupe trois problématiques conflictuelles et, par construction, sans de véritables moyens pour se défendre. Au plan local mais partagée bien au-delà, la question touarègue, laissée volontairement des décennies durant sans solution. An plan régional, les dits « printemps arabes » et la chute de Kadhafi bousculent la donne et exacerbent le jeu de certaines puissances régionales ou qui se veulent telle et qui s’ingèrent dans la crise. Au plan global, au sens propre comme au figuré, l’Afrique, et la région incriminée tout particulièrement, représentent le dernier espace de territoires et de ressources disponibles où s’affrontent les puissances occidentales et les BRICS. Tout cela s’imbrique de telle manière que déterminer d’abord le jeu des acteurs devient indispensable. C’est ce qu’on se propose d’aborder brièvement ici.

Le catalyseur d’une crise latente vers une crise ouverte, c’est quand l’ancienne puissance tutélaire fait tomber ATT dans le but, entre autre, de mieux faire accepter la création « légitime » d’une zone autonome pour l’ethnie touaregue dont elle se décide soudainement à appuyer les dessins.

Forcés de passer à l’action depuis la chute de Kadhafi, ils s’empare par les armes du nord du pays, mais pas comme ils l’imaginaient car ils se font subitement doubler et quasiment racheter (c’est ce qui apparaît mais qui peut être analysé plus subtilement) par une force islamiste « venue de nul part » et en fait stipendiée par de riches mécènes moyen-orientaux… très liés aux USA qui, depuis la création d’Africom, ne cachent plus leur intérêt pour la région.

Par conséquent, selon le vieux principe qui veut que les amis de mes amis soient mes amis, il n’y a donc géopolitiquement pas vraiment d’ennemis en présence, mais en revanche il commence a y avoir beaucoup de dupes.

Ceci amène à imaginer une quatrième raison éminemment plus tordue et qui nous ramène, la crise étant restituée dans la durée géopolitique, à envisager un processus lent et insidieux visant finalement à faire tomber le dernier pion africain du nord de ce « grand moyen-orient » qui se met en place.

Par conséquent, l’acquis de la situation présente doit d’abord être « digéré » avant l’étape suivante, un acquis qu’il n’est nul besoin en l’état de régler par un conflit ouvert.